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🇧🇯 À propos du projet

Pourquoi BibleFon existe

Le numérique parle aux gens qui savent lire. Ce n'est pas tout le monde — et ça exclut précisément le public de BibleFon.

Imaginez une salle de classe. L'enseignant parle dans une langue que vous ne maîtrisez pas. Personne ne vous exclut. Personne ne vous interdit d'entrer. Mais vous ne comprenez rien. Vous êtes là — mais absent.

C'est ce que vivent chaque jour des millions de personnes face au numérique. Pas parce qu'elles manquent d'intelligence. Pas parce qu'elles refusent la technologie. Mais parce que nos interfaces ont été conçues sans elles.

Le problème que le numérique ne voit pas

Quand on conçoit une interface numérique, on fait inconsciemment des hypothèses sur l'utilisateur : il sait lire, il maîtrise une langue dominante, il dispose d'une connexion stable, il est habitué aux menus hiérarchiques. Ce ne sont pas des hypothèses universelles. Ce sont les hypothèses d'un profil particulier — celui qui ressemble aux personnes qui ont conçu les outils. Pour tous les autres, nos interfaces sont une salle où tout le monde parle une langue qu'ils ne comprennent pas.

La langue fon est parlée par plusieurs millions de personnes au Bénin et dans les pays voisins. C'est une langue orale, vivante, portée par une culture riche. En 2022, Google Traduction l'a intégrée — une belle avancée sur le papier. Mais une traduction écrite ne suffit pas là où l'écrit est lui-même une barrière. Ce qu'il faut, c'est une voix. Du son. Une interface qui parle avant même qu'on ne touche quoi que ce soit.

500 M

adultes en analphabétisme fonctionnel en Afrique subsaharienne

UNESCO

90%

des connexions internet en Afrique se font via smartphone

GSMA 2024

~5 M

locuteurs fon — presque absents du numérique

Ethnologue

« Nos langues, au lieu d'être une source d'incompréhension, deviendraient un élément d'union. »
— Mme Aurelie I. ADAM SOULE, Ministre béninoise du Numérique, SENIA 2024

Audio First — une définition que personne n'a posée

Le terme "audio-first" existe dans le monde du podcast. Mais dans le domaine de la conception d'interface — en particulier pour les cultures d'oralité en Afrique — la notion n'a jamais été formalisée.

Audio-first ne signifie pas « avoir un bouton play ». Cela signifie que le son est le mode de communication primaire.
Audio-first cosmétique
Audio-first réel
L'audio est une fonctionnalité ajoutée
Le son est le mode de communication primaire
Lire est l'action principale, écouter est optionnel
Écouter est l'action principale, lire est un support
L'interface est muette jusqu'au clic
L'interface parle avant qu'on clique quoi que ce soit
Le texte explique ce que l'audio fait
L'audio agit, le texte confirme pour ceux qui lisent

Ce que dit la recherche — et que le design ignore

Les études sur les interfaces pour publics peu alphabétisés existent. Elles sont claires. Elles sont ignorées par presque tous ceux qui conçoivent des produits.

ACM CHI — Interfaces for Low-Literacy Users

« Les participants peu alphabétisés préfèrent et fonctionnent mieux avec de grands boutons et icônes qu'avec des menus textuels. Les structures de navigation hiérarchiques sont incomprises par la majorité des utilisateurs peu alphabétisés. »

BibleFon : pas de menus déroulants, grandes icônes, navigation plate. Un seul CTA par écran.

Microsoft Research India — Voice Interfaces for Emerging Markets

« Les interfaces textuelles sont inutilisables par les utilisateurs peu alphabétisés sans expérience préalable. L'audio comme modalité primaire augmente l'engagement de 3× par rapport au texte seul dans les contextes d'oralité. »

BibleFon : l'audio n'est pas optionnel — c'est l'interface. Le texte est le support.

UNESCO — Rapport sur l'alphabétisme 2023

« Une traduction écrite ne suffit pas là où l'écrit est lui-même une barrière — il faut de l'oral, des images, des formats de communication orale. »

BibleFon : la mission est validée par les données. L'approche audio-first est la seule viable pour ce public.


BibleFon v2 — 4 décisions concrètes

En mars 2026, j'ai lancé BibleFon v2. L'objectif : transformer un flipbook avec audio en une vraie expérience audio-first. Voici les quatre décisions que j'ai prises, et pourquoi.

01

Inverser la hiérarchie des actions

Sur la v1, le bouton principal était « Lire ». Sur la v2 : le bouton play est le seul CTA principal. Ce changement déclare quelque chose de fondamental — l'utilisateur par défaut de ce site est quelqu'un qui écoute, pas quelqu'un qui lit.

02

L'interface parle en premier

Au survol d'une carte (desktop) ou au tap d'une icône musicale (mobile), une voix en fon commence à décrire l'histoire. L'utilisateur n'a pas encore cliqué pour entrer. L'interface l'accueille dans sa langue, avant même qu'il ne demande quoi que ce soit.

03

Éliminer les étapes — image et son unifiés

1 tap pour lancer l'audio. Les pages avancent automatiquement. L'image est grande et centrale. Le mot actuellement prononcé est surligné en or en temps réel — aide pédagogique pour les enfants qui apprennent à lire en fon.

04

L'ambiance avant le contenu

Quand l'utilisateur descend vers la bibliothèque, une musique africaine commence doucement. Ce n'est pas de la décoration. C'est un signal : tu entres dans un espace d'histoires. Le son prépare l'écoute avant que l'histoire commence.


Ce que BibleFon démontre

BibleFon n'est pas un produit fini. C'est une démonstration.

  • Qu'une interface audio-first est techniquement réalisable avec des outils accessibles
  • Que Meta MMS-TTS-FON permet de synthétiser de la voix en langue fon de qualité suffisante
  • Que les patterns UX des apps les plus utilisées (WhatsApp, Netflix) peuvent être adaptés à des contextes d'oralité
  • Qu'une expérience numérique peut être pensée depuis le son, sans sacrifier la beauté

Ce qui reste à construire :

  • ·Une vraie voix humaine pour le conteur — un locuteur fon natif enregistré
  • ·Des enfants béninois qui répondent en chœur — le call-and-response du conte africain
  • ·Plus d'histoires : La Fournaise, Noé, Abraham, Ruth sont en préparation
La vraie inclusivité en design, ce n'est pas ajouter des langues à une interface existante. C'est concevoir depuis le début pour ceux que les interfaces habituelles ignorent.

Qui

Manassé A. AKPOVI

Je m'appelle Manassé A. AKPOVI. Je suis béninois. Licence en génie logiciel à l'IFRI (Cotonou), puis bachelor en ingénierie web à l'ESGI Paris. Ce projet est né à la croisée de ce parcours et d'une conviction : le numérique peut et doit parler à ceux qu'il ignore aujourd'hui.

C'est lors du hackathon SENIA 2024, dont le thème était « l'IA multimodale au service de nos langues locales », qu'une question s'est plantée en moi et ne m'a plus quitté. Pour la première fois depuis que je codais, je travaillais sur quelque chose qui avait du sens pour des millions de personnes réelles, qui parlent une langue réelle — mais que les outils numériques ignorent presque entièrement. BibleFon a été lancé en mars 2026 — ma réponse concrète à cette question.


Ce que je cherche

Si vous êtes locuteur fon natif, partenaire potentiel (école, association, ONG en Afrique de l'Ouest), développeur intéressé par le numérique inclusif, ou simplement quelqu'un qui croit que ces langues méritent leur place dans le numérique — écrivez-moi.


Me contacter

Chercheurs, partenaires potentiels, locuteurs fon, curieux — toutes les prises de contact sont les bienvenues.